Alcoolature de coquelicot

Ca fait bientôt 3 ans que j’ai ma maison. Cette année, j’ai enfin réussi à y semer et à y planter quelques petites choses: entre autre, du coquelicot.

Embellir devant chez moi, c’est en partie pour moi, et aussi en partie pour les voisins qui passent devant chez moi tous les jours:

Coquelicots et achillée millefeuille (quelques pieds d’achillée, pris bébés dans le champ derrière ma maison, et qui se sont très bien implantés)

Les coquelicots, c’est joli et il y en a peu qui poussent spontanément dans les environs.

Quelques propriétés:
Le coquelicot est surtout un sédatif qui peut aider à l’endormissement. On peut le considérer comme un sédatif « léger », mais il m’est arrivé de tester un sirop de coquelicot très bien préparé (pendant une formation avec l’Ecole Lyonnaise des Plantes Médicinales), à dose un peu forte, et j’en avais eu des vertiges et une légère sensation d’ébriété.
Si j’avais un gros coup de stress, une grosse frayeur ou un gros coup de colère, je pense aussi que c’est le genre de plante qui pourrait m’aider à me calmer après être « montée dans les tours ».
Pour s’informer sur les propriétés des plantes médicinales, l’idéal est de s’acheter des livres (qui fonctionnent même en cas de coupure d’électricité!). A défaut, Wikiphyto fournit une base d’info correcte, ainsi que l’excellent Althea Provence.

Méthode, inspiration:
Comme mon semis a bien donné (j’ai fait attention d’en chasser les limaces tous les soirs!), j’en ai fait une alcoolature (aussi appelée teinture-mère) selon la méthode de She Is of the Wood, en utilisant toute la tige et la fleur, pas seulement le pétale. Voir la vidéo.

En France, on trouve essentiellement des pétales de coquelicots en herboristerie, et des recettes à base de pétales, mais la plante entière est bien utilisée pour réaliser des « teintures mères« , ou alcoolatures.

Titrage de l’alcool:
Les laboratoires de phytothérapie peuvent utiliser de l’alcool pur (éthanol) pour leurs préparations, alcool éventuellement plus ou moins dilué avec de l’eau.
Quand on n’est pas un professionnel, ce type d’alcool est difficile à trouver. Pour une extraction optimum, il convient d’utiliser un alcool aussi fort que possible, de préférence titré à 50 ou 55°, le maximum qu’on puisse trouver en supermarché en France.
La plante fraîche contient beaucoup d’eau, si bien que la préparation finale contiendra un alcool « dilué » par cette eau.
L’herbaliste américaine She Is of the Wood utilise un alcool à 50° (« 100 proof vodka », ce qui fait une vodka à 50°).
Pour obtenir des préparations plus concentrées, on pourrait utiliser des plantes sèches (à condition qu’il s’agisse de plantes qui conservent leurs propriétés après séchage et qu’elles aient été séchées correctement), mais certains auteurs diront alors que ces préparations risquent d’être « trop » concentrées en principes actifs, d’usage et de dosage plus délicat (en fonction des propriétés de la plante utilisée).
Lorsqu’on fait ce genre de préparation en amateur, pour un usage familial, utiliser de la plante fraîche et de l’alcool dosé « seulement » à 50° permet d’obtenir des préparations dont l’usage présente relativement peu de risque (tant que l’on teste prudemment et que l’on respecte les contre-indications de chaque plante).

Préparation:
Une fois la floraison bien lancée, j’ai prélevé de la plante un peu tous les jours. J’ai laissé les boutons pour qu’ils s’épanouissent le lendemain, pour continuer à avoir un massif aussi décoratif que possible, et j’ai laissé plein de fleurs se développer en fruits pour avoir plein de graines.


J’ai mis ma première récolte dans un pot en verre bien propre, j’ai recouvert de rhum à 55°, j’ai refermé. Je n’ai surtout pas rempli le pot de rhum, pour pouvoir continuer à ajouter du coquelicot au fur et à mesure qu’il s’épanouissait.
J’ai commencé il y a environ 8-10 jours, le pot commence à être bien rempli:


Latex

Je tasse bien à chaque fois que je remets de la plante, pour qu’elle s’imbibe bien d’alcool.

L’alcool prend la couleur du coquelicot:

Utilisation/dosage:
La puissance d’une préparation est susceptible de varier en fonction de la teneur en principes actifs de la plante, de la nature du sol, de la proportion plante/alcool, du titrage de l’alcool choisi… Le dosage est aussi fonction de la sensibilité personnelle, de l’âge…. Une préparation de phytothérapie est toujours à tester avec prudence.
Personnellement, si je souhaite faciliter l’endormissement, je prends environ 1 cuillère à soupe d’alcoolature le soir après dîner.

Dans les années à venir…
J’aimerais pouvoir faire mes alcoolatures avec de l’alcool local (prune, pomme, poire…). La plantation d’un verger conservatoire est à mon programme cette année. Restera à trouver un bouilleur de cru…

Ce que j’appelerai une intuition me laisse penser que consommer de l’alcool qu’on a « nourri » avec beaucoup de plantes médicinales (pas juste 2-3 fleurs, mais vraiment beaucoup de matière médicinale: plante, graine, zeste, champignon…, est un bon moyen de bénéficier des vertus des plantes, tout en réduisant le potentiel de nuisance de l’alcool (toxique et addictif). Autrement dit, quand on souhaite bénéficier des effets « sympa », festifs, euphorisants… de l’alcool, mieux vaut un rhum « arrangé » avec beaucoup de plantes ou d’épices, plutôt qu’un rhum « sec ».

Exemple avec mon rhum arrangé façon « pastaga », laissé à macérer un mois dans un placard. La recette des versions à venir va probablement varier au fil du temps:

Recette:
20g de badiane (anis étoilé)
20g d’anis vert (semence)
20g de réglisse (en copeaux)
1 cuillère à soupe de sucre
Environ 40cl de rhum à 55°

Attention en cas d’hypertension: la réglisse est hypertensive!

La prochaine fois, je mettrai un peu moins d’anis vert et j’ajouterai un peu de graines de fenouil.
La réglisse, l’anis vert et la badiane viennent de l’Herboristerie Morderne.

Un de mes prochains achats de livre sera « Sacred and herbal healing beers: the secrets of ancient fermentation », de Stephen Harrod Buhner.